Resum
Travaillant dans le cadre de mes recherches sur les enjeux d’archives, de mémoires et de patrimonialisation de la lutte contre le VIH/sida, j’entre en relation avec Jean-Marcel Michel, un ancien militant actif à Marseille dans les années 1980 et 1990. Celui-ci a, au fil du temps, rassemblé puis classé un ensemble de documents liés à ses engagements dans différentes associations. En 2013, il transmet ces papiers aux archives départementales des Bouches-du-Rhône sous la forme d’un don, avec l’idée de les rendre accessibles au plus large public. Sur ses conseils, je contacte en août 2019 cette institution, désirant accéder à son fonds d’archives. C’est là le point de départ d’une série de déconvenues partagées avec le donateur. Cet article se propose d’identifier et d’analyser les différentes logiques – de partage ou de blocage – mises en œuvre respectivement par l’ancien militant ou par l’institution patrimoniale. Le caractère conflictuel de ce cas, où entrent en tension des raisonnements archivistiques, des problèmes juridiques, des sentiments de colère, de dépossession et de censure, interroge aussi les obstacles jalonnant aujourd’hui une recherche sur la mémoire des « années sida ». Quand l’accès à un fonds est bloqué par l’administration, est-ce seulement les archives que l’on invisibilise, ou n’est-ce pas aussi le donateur, ici un témoin bien vivant ?